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Un autre type de pandémie...



Mesdames et messieurs, « Nous sommes en guerre ». Le regard est planté droit dans le nôtre, la mine assombrie par la gravité de l’instant. Nous étions quelques millions à l’entendre en direct, invités à saisir sur le vif toute la dimension des enjeux mondiaux par cette seule phrase auto-révélatrice. Toutefois en prononçant ces mots sur la pandémie du Covid-19, le président Macron a malgré lui déclenché une vive polémique. Les contradicteurs n’ont pas manqué de lui répondre impatients qu’une guerre ce n’est pas cela. D’autres lui ont emboîté le pas pour mieux inscrire leur différence : « Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en lutte », nuance ! Contre des maux qui affectent nos sociétés certes, mais « Les nations ne sont pas contre les nations, les soldats ne sont pas contre les soldats ». « C’est un test de notre humanité. Il évoque le pire et le meilleur des gens. » tenait à rappeler le président allemand Frank-Walter Steinmeier. Ce contre-discours avait l’intelligence, sinon l’audace, de souligner, qu’en temps de crise, la solidarité n’est plus une possibilité, c’est une obligation.

Peu attendris par la force des bons sentiments, les plus sceptiques d’entre-nous considéraient pour leur part toute excessive cette phraséologie de l’urgence au titre d’une soi-disant menace universelle, qui pour autant laissait en parfaite santé beaucoup d’entre-nous et ne menaçait pas davantage la majorité du nombre d’une mort imminente. Il est nécessaire d’en tenir compte, mais est-ce suffisant pour en détourner le regard ?

À partir de quand la menace sur autrui relève de notre propre intérêt ?

Le 10 décembre dernier était célébrée comme chaque année dans le monde la journée internationale des droits de l’homme. Cette date marque le jour anniversaire de l’adoption en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « un document fondateur qui a proclamé les droits inaliénables de chaque individu en tant qu’être humain, sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation » rappelle l’organisme des Nations Unies.

Dans les faits, cette déclaration commune veut inscrire pour vérité universelle que les libertés et les droits fondamentaux sont inhérents à tout être humain, invariablement nés libres et égaux en dignité et en droits. Il y a depuis une ombre au tableau : nombre d’observateurs considèrent que la situation du respect de cette norme universelle, ne fait que se dégrader dans plusieurs régions reculées du monde. Et ces situations poursuivraient sans peine de se tenir éloignées des réalités des pays riches et industrialisés si les lanceurs d’alertes ne faisaient entendre leur voix pour plus de justice sociale et d’équité.

Cette année 2020, le thème de la Journée des droits de l’homme a tenu compte de l’émergence de la pandémie de COVID-19. Les organisateurs ont voulu mettre l’accent « sur la nécessité de reconstruire en mieux, en veillant à ce que les droits de l’homme soient au cœur des efforts de relèvement » ; il est question de protection, de résilience, ajoutant que les objectifs fixés ne pourront être atteints qu’au seul prix d’une solidarité authentique et forte, en luttant contre les inégalités, l’exclusion et la discrimination.

Sommes-nous pour autant capables de créer en nous les conditions de l’égalité des chances pour tous ? Qu’en est-il du volet socio-économique ?

Les droits de l’homme sont donc au cœur des objectifs de développement durable. Tandis que les diverses missions des Nations Unies opèrent au maintien et à la restauration de la dignité humaine à travers le monde, à laquelle chacun a droit et à défaut de quoi n’est envisageable nulle prospérité.

Mais s’atteler à la pandémie des inégalités depuis le confort de notre salon, est-ce assez fair ?

Certains le crient haut et fort : un nouveau contrat social est nécessaire pour promouvoir les droits socio-économiques et culturels de tous les peuples.

Toutefois à notre échelle, par où entamer l’effort ? Par où peuvent bien débuter les menaces des droits de l’homme universels ? Où débutent les droits de l’homme, leurs périls ?

Selon Eleanor Roosevelt, ancienne première dame des États-Unis, qui présidait la Commission des droits de l’homme de l’ONU en 1958, « Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. (…) Si dans ces lieux les droits sont dénués de sens, (…) Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde. »

Ainsi la solidarité doit être envisageable par les actes banals du quotidien, soluble à s’inscrire dans nos habitudes, peut-être même notamment buvant notre café le matin ou beurrant notre tartine du midi. Au travers de petits gestes peu visibles mais fort de sens sans doute.

Il est question de notre pouvoir de décider d’investir en priorité notre argent vers des filières commerciales qui promeuvent ces valeurs de sauvegarde de la dignité humaine de chacun.

Une juste question d’équilibre des échanges.

Il y a 50 ans, face aux drames des famines et de la pauvreté grandissante des pays de l'hémisphère sud, une idée s’est imposée à la face du monde : « trade not aid », le commerce pas la charité. S’est organisé alors tout un réseau associatif qui n’a plus souhaité uniquement traiter les symptômes de la pauvreté mais a voulu au contraire donner la priorité des actions aux principales causes de celle-ci, à savoir dans le bain du commerce mondial les rapports de force inégaux entre les grands acteurs internationaux et les agriculteurs locaux qui cultivent à petite échelle.

Les produits issus du commerce équitable peuvent répondre à cette question d’égalité.

Le concept du Fairtrade a pour volonté d’utiliser le commerce mondial comme levier de développement, de réduction des inégalités, en veillant à la juste rétribution des producteurs et travailleurs locaux. Bien plus global que les seules perspectives économiques, le concept du commerce équitable soutient également des préoccupations éthiques, sociales et environnementales.

Nos villes comptent de plus en plus de boutiques et points de vente fidèles aux produits issus de la filière Fairtrade, de telle sorte que rien n’a plus une connotation politique aujourd’hui que le simple fait de déguster une tasse de thé en lisant le journal du matin.

Comme nous avons le droit d’exprimer notre résistance quotidienne, à petites doses, par des gestes simples en apparence, mais empreints de notre solidarité à l’idée du respect de droits de chacun et du rééquilibrage des échanges entre tous.

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